Racines : “une boîte d’allumettes”

De fait, ladite locution entre en résonance avec maints fragments éparpillés dans notre livre. D’associations en associations, elle crée une série dont on peut pointer les principaux termes : les Enfers - le feu - la fumée - une “chaleur étouffante” - voire des “fours crématoires”, corrélés à un holocauste. Chaque terme de la série se révélant en outre être lui-même un “mot piste”, on pensera de facto la “boîte d’allumettes” comme un signifiant se prêtant à une dérivation progressive de l’entièreté de l’Oeuvre. A l’inverse de la “chandelle éteinte”, on pressentira alors l’existence d’une puissance lumineuse très intense, propre à éblouir. Celle-ci tracera comme une ligne de démarcation entre le Bien et le Mal, inconnus dès l’abord.

En l’occurence, pour ne pas alourdir l’exposé, un seul texte sera cité. Evoquant une “chaleur étouffante” celui-ci exemplifiera sous une forme littéraire l’idée contenue dans “le Boz et le net”.

Nous sommes  à la page 232 du livre du Boz. Après maintes tribulations, nos trois clowns (Jack Balance, Moi et le Scribe) aboutissent dans une maison surchauffée, gorgée de vapeur.

Ceci sera alors écrit

Racines : Fragment 1

“La pièce était petite et dépouillée (40 m²).

Il y faisait très chaud.

Les murs, couleur crème, étaient constellés de taches.

- Ce ne sont pas des taches, nota Moi en s’épongeant le front.

Il avait raison. Ce n’étaient pas des taches. Plutôt, des graffitis. Ou, des dessins. Voire, de minuscules textes, que nous nous appliquâmes à déchiffrer. Le plus souvent, il s’agissait de sentences sibyllines, du style « Etre frôlé par l’abîme comme par l’aile d’un ange », ou encore « Si la vie est une métaphysique, alors la Mort fonde une esthétique ». Ces phrases étaient reproduites des centaines, sinon des milliers de fois. Leur arrangement, la façon dont elles étaient dispersées, constituait une longue spirale, entrecoupée d’espaces vides. Mais, il était une « tache » dont la configuration sautait aux yeux. A l’observer de près, elle montrait trois personnages en marche. J’accompagnais le « chercheur de lumière », juché sur les épaules de « l’Homme-déchet ». Un texte microscopique précisait qu’ils avaient entamé un périple semblable au nôtre, mais dans une autre dimension. Une note ajoutait que la synchronicité étant de rigueur, leurs aventures se déroulaient en même temps que les nôtres. Le Boz lui-même apparaissait tel un gruyère troué d’issues (œuvre cat. n°90, AI).

Dieu sait combien de voyageurs circulaient aujourd’hui dans ces trous. Ensemble ils formaient le sous-groupe des Spectres. Mi anges, mi hommes, ils apparaissaient peu et étaient très difficiles à appréhender. Cela tenait à leur don d’ubiquité.

Etant partout, ils n’étaient nulle part. Ce qui n’était pas aisé à comprendre.

- Inouï ! m’exclamai-je.

- C’est affolant, grimaça Moi. C’est trop réversible. L’idée d’être un Spectre me donne la chair de poule.

Il avait à nouveau très chaud et ses pieds pataugeaient dans une flaque de sueur.

Jack Balance souffrait aussi de la canicule.

Il enleva son sempiternel bonnet.

- Quelle chaleur ! dit-il. C’est insupportable. On se croirait dans une étuve.”

A partir de quoi, on pourrait encore affiner le processus.

Un gruyère troué d’issues (oeuvre cat n°  AI)

Pareille séquence trouvera en effet une illustration plastique sous la forme d’une mini installation; à savoir : une cloche à fromage contenant un livre du Boz rogné et grignoté sur le coin droit; avec sur la même table une planchette en bois supportant un “vrai” morceau de gruyère, posé à côté d’une vieille rape. Une fausse souris, dressée sur ses pattes arrières, complète l’installation (ladite souris est posée face” au spectateur à même le sol, donc sous la table - “les dessous de table”)

Un gruyère troué d'issues - installation par J. Friedler

Et l’internaute de commencer à comprendre. Car qu’est-ce que le Boz sinon un univers en expansion, ouvert à tous vents, sujet à mille métamorphoses, jouant de toutes les techniques pour initier le sujet à son destin.

Dans notre “newsletter” nous disions, tout simplement, “un supplément d’âme” .

3 réponses à “Racines : “une boîte d’allumettes””

  1. Spiritofboz » Blog Archive » Mon premier personnage - Jack Balance dit :

    […] Je trouvai mon premier personnage au fond d’une boite d’allumettes . […]

  2. le Scribe dit :

    Cet article est à mettre en relation avec le 1er épisode du bozcast.

  3. Spiritofboz » Blog Archive » Premier podcast : “Le Gruyère de Julien Friedler dit :

    […] - "Le Boz et le Net", dans la rubrique "Le Livre du Boz";- article "Racines : une boîte d’allumettes"; […]

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