Crever la dalle

Paris. Sept heures du matin. Valses des poubelles rue du Cherche Midi. Sourire des destins croisés. Quelques étoiles en bout de ligne. Mon carton tiendra-t-il sous la tempête. Je ne sais pas si je vous ai dit. La rue est mon domaine. Depuis cette fameuse nuit. Où Noël ne brillait plus. Où mes idées volaient en prix Nobel. Nous jouions encore à un, deux, trois soleil… Puis ta main a quitté la mienne. Brusque parade contre les bruits de l’histoire. Fuir le monde. Son horizon marchand. Où es-tu ? Je te compte parmi les étoiles. Celle-ci te ressemble. Aujourd’hui l’automne enserre Paris. Capitale devenue trop bruyante. Carte postale des clichés nostalgiques. Où sont les Lumières ? Valse verte. Les poubelles grognent. Elles regorgent d’objets. Des petits riens achetés un matin, mis de côté le soir. Des grands tout, des bizarreries perlées. Des curiosités passagères. Paris fait grise mine. Les gouttes sont fortes aujourd’hui. Une journée noire. Une journée sourde. Il y a cette lettre un peu plus loin. L’écriture s’efface en gouttes. Les mots à terre. Les mots détrempés. Il y a cette mélodie nostalgique des êtres et des choses. Il y a ma main qui tremble. Elle n’arrive pas à atteindre cette lettre. Ultime sommet. La pluie s’abat. Gouttes de pierres.Mon carton se désintègre. Il fait si froid. Dans le cœur des hommes. Cette lettre. C’est toi… Jack ?

Par Sonia Bressler (initialement publié dans le "blog de Moi")

Une réponse à “Crever la dalle”

  1. le Scribe dit :

    Déchiré. Mon coeur saigne, c’est qu’il n’est pas de pierre.
    Mots détrempés… de justesse et de vérité.
    Je pense à “La Ballade du Pauvre” de Raphaël. J’entends le “Petit Tas Tombé” d’Alain.
    Emotion. Mon coeur tremble. Il vit. C’est déjà ça.

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