Lettre 3
Mardi 20 février 2007Dans cette troisième lettre, nous nous proposons de revenir sur les « cinq piliers » afin de mieux les cerner. Car, finalement, où voulons-nous en arriver ? Qu’est-ce qui nous anime ? Quelle est la « substantifique moelle » de cette œuvre qui s’élabore devant Vous ?
1) La théologie
Illustrée par le Livre du Boz, celle-ci sera conceptualisée dans le Grand Livre des Commentaires.
De quoi se sera-t-il agi ?
De deux intuitions dont il faudra bien voir la charge subversive et la chaîne de déductions qui en découle.
La première intuition aura été de considérer, contre vents et marées, à rebours de l’histoire ancienne et récente, et cela quelles que soient les guerres, les haines et les morts qui jalonnent ladite histoire – de considérer les trois monothéismes à l’instar d’une seule et unique religion, modulée, réfléchie et refaçonnée en fonction d’une seule vision, elle-même tributaire d’un D. unitaire (GLC segment 37).
La seconde intuition aura été de partir non de D. mais de Sa pensée. Car, qu’Il existe ou non, en soi et pour soi, un fait demeure indéniable : Sa pensée agit depuis des millénaires, anime des milliards d’individus et intervient dans leur destin en l’orientant à sa guise (l’islam radical – véritable « fléau de D. » – en est aujourd’hui l’exemple le plus virulent).
Serait-Il même mort et dûment enterré que rien ne changerait : la pensée de D. continuerait d’opérer.
Fort de cette intuition, nous nous serons ensuite attelé à traquer, à débusquer et à mettre à jour le FANTASME inhérent à cette pensée. Car, à l’évidence, derrière les rituels et les dogmes, quelque chose opère en sourdine, à la façon d’un fantôme. Quoi ? Nous proposerons l’idée d’un long rêve éveillé, traversé d’éclairs de conscience, chevillé à l’humain depuis l’orée, et capable, le cas échéant, de s’ouvrir, de se déchirer et de s’écarteler, pour laisser passer une lueur d’espoir.
2) La philosophie
Trois bornes nous serviront ici de repères.
1° « La République » de Platon en ce qu’elle trace en négatif les limites d’un « village du Boz » en gestation. A cet égard, sans doute, procéderons-nous par étapes : une élaboration virtuelle sur le Net, ouverte à toutes les suggestions ; une maquette pour en déterminer l’architecture idéale ; avec, peut-être, en fin de parcours, un début de réalisation.
2° « L’Ethique » de Spinoza, une réflexion déterminante pour notre propos, dans la mesure où elle introduit dans l’histoire de la pensée un événement faramineux, aux conséquences quasi apocalyptiques : le passage du Dieu Sujet, cher à la Bible, à un Dieu immanent assagi, décervelé par l’abstraction.
3° Le « Ainsi parlait Zarathoustra » de F. Nietzsche. Ce long poème, frappé aux coins d’un gouffre, annoncera en effet la mort de dieu et ses effets : la naissance d’un Surhomme, destiné à clôturer l’espèce. Il suffit de penser aux travaux et aux manipulations dont la génétique se fait l’écho, pour comprendre le caractère prophétique de la vision nietzschéenne (le Zarathoustra a été écrit entre 1882 et 1885). Il apparaît en effet qu’à désacraliser l’être humain (désormais fait à l’image d’un cadavre) on ne pouvait pas ne pas ouvrir la boite de Pandore et livrer nos congénères à l’abjection d’un « corps morcelé », devenu l’arène de tous les combats (en vérité un innommable jeu de lego combinant les mutations à venir, moins aléatoires que déduites et produites, par la grâce des généticiens du futur).
3) La Psychanalyse
Il s’agira alors de déterminer les paramètres d’une émergence : celle d’un Sujet, démarqué de l’emprise spéculaire et des fastes narcissiques. On voudra de la sorte indiquer les voies d’une individuation forte, d’autant plus nécessaire qu’aujourd’hui une mondialisation sauvage induit une uniformisation des psychés, à tout le moins inquiétante. Tout se passant comme si la globalisation de l’humanité devait s’accompagner d’un effacement progressif des singularités, seuls gages de notre stabilité. (Globalisation économique et psychologique vont de pair).
A cet effet nous nous appuierons sur le corpus freudo-lacanien (sans dédaigner Jung et ses archétypes) pour démontrer que le sujet comme tel opère hors matière, à la manière d’un pur esprit, non déductible des neurones qui lui servent de support. Il y a là un saut, un franchissement, la nécessité d’une reconnaissance, hors de laquelle aucune rédemption ne saurait se concevoir. Une affirmation scandaleuse pour nos intellects férus de sciences, mais indispensable à notre entendement. Ceci, sans préjuger des avancées des neurosciences, et d’une cartographie de plus en plus fine de l’encéphale. Dans Psychanalyse et neurosciences n’avions-nous pas nous-même contribué à jeter un pont entre un pool symbolique précis (l’archétype du « Boiteux ») et une région déterminée du cerveau (l’homoncule de Penfield, tributaire de la somatotopie sensitive) ? Cela n’impliquant nullement ceci : un organicisme de principe, à la manière d’un Francis Crick ou d’autres.
4) Les arts plastiques
Ils auront pour épicentre cette seule et unique question : comment représenter le Vide, sans l’édulcorer ou le travestir, en respectant les exigences d’une Transcendance radicale ? Après Kandinsky, les minimalistes auront poussé l’argument jusqu’à ses limites : une épure désinvestie de tout semblant (ce n’est pas un hasard si la première exposition minimaliste eut lieu au Jewish Museum de New York en 1966) une épure qui, n’en déplaise aux puristes, construisait une aporie : d’être elle-même l’image d’une absence.
De là, notre volonté d’opérer en sens inverse, pour atteindre le but tant convoité : créer un tourbillon d’images, initier un mouvement en rafale, vertigineux, entraînant dans son sillage, non pas une, ni deux, mais des centaines (voire des milliers) d’images, ceci à même d’indiquer un autre lieu : celui d’une béance fondamentale, d’un silence absolu, comme si ailleurs, dans une autre dimension, un Autre oeuvrait, s’ouvrait, se définissait d’une transgression renouvelée.
On dira : une Transcendance dont le mutisme devra derechef s’estomper pour laisser s’échapper une parole encore inaudible.
5) Les savoirs pratiques
Ceux-ci seront le fer de lance de notre univers. Ils auront pour vocation d’interpeller la Société civile sur un mode tout à la fois ludique et séduisant. A l’inverse de nos « Newsletter » plutôt austères, sinon rébarbatives, ces produits dérivés s’adresseront à la masse, pour la divertir et l’égayer. Ils seront, pour ainsi dire, la part émergée de l’iceberg, celle qu’on voit, qu’on apprécie et dont on profite d’emblée.
D’où leur importance.
D’être des œuvres ouvertes, hors coteries, sans prétention, destinées à être commercialisées par la Société du Boz, dont on connaît déjà l’interface : d’être elle-même une œuvre d’art à part entière (Société du Boz. Manifeste).
D’être une amorce, un début, le premier terme d’un mouvement qu’on voudrait ascendant (du simple au complexe).
D’être la part exquise, solaire, visible par tous, d’un Mythe fondateur, sans cesse remis au travail.
D’être pour beaucoup, les premiers repères d’une pensée fondatrice : des miettes laissées sur le bord du chemin, pour que chacun puisse poursuivre sa route.
Oui des miettes.
Ou des cailloux.
Ou encore : des minuscules points lumineux jetés dans la nuit, aux yeux d’un Voyageur épris d’Absolu.
Quant au reste…
