5- Le blog de Julien Friedler

Le Boz en podcasts…

Vendredi 7 décembre 2007

En parallèle à la lecture d’extraits du Livre du Boz (4 podcasts sont déjà disponibles au téléchargement), nous avons initié une nouvelle série de podcasts, les Bebozcasts.

De quoi est-il question ? Plutôt qu’un mode d’emploi, "d’un petit livre rouge" ou "d’une synthèse" de Spirit of Boz, on imaginera plutôt un commentaire, dans lequel nous nous enfoncerons dans les profondeurs de l’oeuvre, traçant un chemin, comme un "sentier serpentant dans notre âme, aux multiples bifurcations, retours sur soi, décrivant des arabesques étranges"…

3 épisodes sont déjà disponibles, dans la rubrique "Podcasts", sur www.beboz.org.

Lettre 3

Mardi 20 février 2007

Dans cette troisième lettre, nous nous proposons de revenir sur les « cinq piliers » afin de mieux les cerner. Car, finalement, où voulons-nous en arriver ? Qu’est-ce qui nous anime ? Quelle est la « substantifique moelle » de cette œuvre qui s’élabore devant Vous ?

1) La théologie

Illustrée par le Livre du Boz, celle-ci sera conceptualisée dans le Grand Livre des Commentaires.

De quoi se sera-t-il agi ?

De deux intuitions dont il faudra bien voir la charge subversive et la chaîne de déductions qui en découle.

La première intuition aura été de considérer, contre vents et marées, à rebours de l’histoire ancienne et récente, et cela quelles que soient les guerres, les haines et les morts qui jalonnent ladite histoire – de considérer les trois monothéismes à l’instar d’une seule et unique religion, modulée, réfléchie et refaçonnée en fonction d’une seule vision, elle-même tributaire d’un D. unitaire (GLC segment 37).

La seconde intuition aura été de partir non de D. mais de Sa pensée. Car, qu’Il existe ou non, en soi et pour soi, un fait demeure indéniable : Sa pensée agit depuis des millénaires, anime des milliards d’individus et intervient dans leur destin en l’orientant à sa guise (l’islam radical – véritable « fléau de D. » – en est aujourd’hui l’exemple le plus virulent).

Serait-Il même mort et dûment enterré que rien ne changerait : la pensée de D. continuerait d’opérer.

Fort de cette intuition, nous nous serons ensuite attelé à traquer, à débusquer et à mettre à jour le FANTASME inhérent à cette pensée. Car, à l’évidence, derrière les rituels et les dogmes, quelque chose opère en sourdine, à la façon d’un fantôme. Quoi ? Nous proposerons l’idée d’un long rêve éveillé, traversé d’éclairs de conscience, chevillé à l’humain depuis l’orée, et capable, le cas échéant, de s’ouvrir, de se déchirer et de s’écarteler, pour laisser passer une lueur d’espoir.

2) La philosophie

Trois bornes nous serviront ici de repères.

1° « La République » de Platon en ce qu’elle trace en négatif les limites d’un « village du Boz » en gestation. A cet égard, sans doute, procéderons-nous par étapes : une élaboration virtuelle sur le Net, ouverte à toutes les suggestions ; une maquette pour en déterminer l’architecture idéale ; avec, peut-être, en fin de parcours, un début de réalisation.

2° « L’Ethique » de Spinoza, une réflexion déterminante pour notre propos, dans la mesure où elle introduit dans l’histoire de la pensée un événement faramineux, aux conséquences quasi apocalyptiques : le passage du Dieu Sujet, cher à la Bible, à un Dieu immanent assagi, décervelé par l’abstraction.

3° Le « Ainsi parlait Zarathoustra » de F. Nietzsche. Ce long poème, frappé aux coins d’un gouffre, annoncera en effet la mort de dieu et ses effets : la naissance d’un Surhomme, destiné à clôturer l’espèce. Il suffit de penser aux travaux et aux manipulations dont la génétique se fait l’écho, pour comprendre le caractère prophétique de la vision nietzschéenne (le Zarathoustra a été écrit entre 1882 et 1885). Il apparaît en effet qu’à désacraliser l’être humain (désormais fait à l’image d’un cadavre) on ne pouvait pas ne pas ouvrir la boite de Pandore et livrer nos congénères à l’abjection d’un « corps morcelé », devenu l’arène de tous les combats (en vérité un innommable jeu de lego combinant les mutations à venir, moins aléatoires que déduites et produites, par la grâce des généticiens du futur).

3) La Psychanalyse

Il s’agira alors de déterminer les paramètres d’une émergence : celle d’un Sujet, démarqué de l’emprise spéculaire et des fastes narcissiques. On voudra de la sorte indiquer les voies d’une individuation forte, d’autant plus nécessaire qu’aujourd’hui une mondialisation sauvage induit une uniformisation des psychés, à tout le moins inquiétante. Tout se passant comme si la globalisation de l’humanité devait s’accompagner d’un effacement progressif des singularités, seuls gages de notre stabilité. (Globalisation économique et psychologique vont de pair).

A cet effet nous nous appuierons sur le corpus freudo-lacanien (sans dédaigner Jung et ses archétypes) pour démontrer que le sujet comme tel opère hors matière, à la manière d’un pur esprit, non déductible des neurones qui lui servent de support. Il y a là un saut, un franchissement, la nécessité d’une reconnaissance, hors de laquelle aucune rédemption ne saurait se concevoir. Une affirmation scandaleuse pour nos intellects férus de sciences, mais indispensable à notre entendement. Ceci, sans préjuger des avancées des neurosciences, et d’une cartographie de plus en plus fine de l’encéphale. Dans Psychanalyse et neurosciences n’avions-nous pas nous-même contribué à jeter un pont entre un pool symbolique précis (l’archétype du « Boiteux ») et une région déterminée du cerveau (l’homoncule de Penfield, tributaire de la somatotopie sensitive) ? Cela n’impliquant nullement ceci : un organicisme de principe, à la manière d’un Francis Crick ou d’autres.

4) Les arts plastiques

Ils auront pour épicentre cette seule et unique question : comment représenter le Vide, sans l’édulcorer ou le travestir, en respectant les exigences d’une Transcendance radicale ? Après Kandinsky, les minimalistes auront poussé l’argument jusqu’à ses limites : une épure désinvestie de tout semblant (ce n’est pas un hasard si la première exposition minimaliste eut lieu au Jewish Museum de New York en 1966) une épure qui, n’en déplaise aux puristes, construisait une aporie : d’être elle-même l’image d’une absence.

De là, notre volonté d’opérer en sens inverse, pour atteindre le but tant convoité : créer un tourbillon d’images, initier un mouvement en rafale, vertigineux, entraînant dans son sillage, non pas une, ni deux, mais des centaines (voire des milliers) d’images, ceci à même d’indiquer un autre lieu : celui d’une béance fondamentale, d’un silence absolu, comme si ailleurs, dans une autre dimension, un Autre oeuvrait, s’ouvrait, se définissait d’une transgression renouvelée.

On dira : une Transcendance dont le mutisme devra derechef s’estomper pour laisser s’échapper une parole encore inaudible.

5) Les savoirs pratiques

Ceux-ci seront le fer de lance de notre univers. Ils auront pour vocation d’interpeller la Société civile sur un mode tout à la fois ludique et séduisant. A l’inverse de nos « Newsletter » plutôt austères, sinon rébarbatives, ces produits dérivés s’adresseront à la masse, pour la divertir et l’égayer. Ils seront, pour ainsi dire, la part émergée de l’iceberg, celle qu’on voit, qu’on apprécie et dont on profite d’emblée.

D’où leur importance.

D’être des œuvres ouvertes, hors coteries, sans prétention, destinées à être commercialisées par la Société du Boz, dont on connaît déjà l’interface : d’être elle-même une œuvre d’art à part entière (Société du Boz. Manifeste).

D’être une amorce, un début, le premier terme d’un mouvement qu’on voudrait ascendant (du simple au complexe).

D’être la part exquise, solaire, visible par tous, d’un Mythe fondateur, sans cesse remis au travail.

D’être pour beaucoup, les premiers repères d’une pensée fondatrice : des miettes laissées sur le bord du chemin, pour que chacun puisse poursuivre sa route.

Oui des miettes.

Ou des cailloux.

Ou encore : des minuscules points lumineux jetés dans la nuit, aux yeux d’un Voyageur épris d’Absolu.

Quant au reste…

 

Lettre 2

Mardi 7 novembre 2006

ShamanAprès avoir posé les cinq piliers sur lesquels repose l’univers du Boz (la théologie, la philosophie, la psychanalyse, les arts plastiques et les savoirs pratiques) il nous paraissait intéressant de signaler les trois temps présidant à son élaboration.

1) Le temps de la création :

Echelonnée sur plus de trente ans (l’affaire débute en 1975 par un article paru dans les Annales de Philosophie de l’Université Libre de Bruxelles, intitulé « Jules Lequier ou la question du savoir divin »), l’œuvre s’édifiera peu à peu, livre après livre, tableau après tableau, avec en contrepoint des prises de parole sporadiques, des interventions minimales dans les médias, une praxis solitaire de la méditation, couplée à une analyse « en continu » de la vie intérieure.

Nous menions alors une vie quasi monastique, vouée à une création qui, paradoxalement, se déroulait par-devers nous.

Loin du démiurge, volontaire, façonnant son ouvrage à la force du poignet, nous nous révélions être un lieu de passage, l’occasion inconsciente d’une mise à jour. L’œuvre nous habitait et se construisait d’elle-même, par-delà les vicissitudes et les aléas d’une vie. A son confront, nous étions davantage son enfant qu’un père fondateur. Il nous aura d’ailleurs fallu attendre l’année 2006, pour en découvrir le leitmotiv : l’édification d’une spiritualité moderne, non sectaire, adaptée à nos sociétés en constante mutation. Une prise de conscience dont le caractère sidérant allait bouleverser notre existence et promouvoir une nouvelle attitude à l’égard du monde extérieur.

2) Le temps de la diffusion :

La question se posa alors de façon claire : Y avait-il, oui ou non, une œuvre ? Dans l’affirmative, fallait-il, oui ou non, la défendre ? Si oui, comment ?

Les réponses se formulèrent peu à peu en une sorte de long rêve éveillé, proche du fantasme, tout au long du mois de janvier 2006. Ce fut une lente perlaboration de l’acquis, non dépourvue d’esprit critique, mais dont l’issue ne laissait aucun doute : une affirmation brutale et sans compromis de la nécessité de se surmonter.

Nous n’avions plus le choix.

Il fallait sortir de la caverne et rejoindre nos congénères.

La « tour d’ivoire » s’était effondrée, nous abandonnant à nous-même, face à une solitude effarante.

Seul.

Cette fois, nous étions vraiment seul, condamné à aller vers l’Autre, pour l’instruire d’un parcours somme toute atypique. Nous n’avions plus d’autre alternative : désormais, il fallait s’assumer, aller de l’avant et devenir le pèlerin que nous n’avions jamais voulu être.

Défendre son œuvre revenait à la diffuser auprès des tiers, en acceptant d’entrée de jeu leurs critiques, leurs commentaires, et leurs contributions. Ceci, à mille lieues d’une « bonne parole », fermée sur elle-même, condescendante, et dogmatique. Mais aussi : à mille lieues d’une fausse modestie, hypocrite et sujette à caution.

Défendre son œuvre revenait aussi à s’exposer, à risquer son prochain dans toutes ses dimensions (parfois venimeuses – car, finalement, pour qui se prend-il, celui-là ?).

Prudent, nous nous projetâmes alors dans l’avenir. Car, combien de temps fallait-il consacrer à ladite « diffusion » avant qu’elle ne nous imprègne pour nous transformer en un vil courtisan avide de succès ?

« Quatre ou cinq ans, au grand maximum », nous susurra une voix, en notre for intérieur. « Si D. veut », ajouta la même voix, au fait de notre fragilité, des difficultés encourues, et du mal être qui nous incombe. « Car après, tu n’en auras plus la force » insista la même voix, décidément trop lucide.

Dont acte.

« Et pourquoi pas ! Cette voix pourrait bien avoir raison » me dis-je, avec l’impression très nette d’avoir un caillou dans la chaussure.

Le fait est que j’allais devoir avancer cahin-caha, avec moult difficultés, en risquant la chute à chaque pas, comme il convient à l’auteur d’un livre portant ce titre révélateur : La Légende du boiteux (rebaptisé par les PUF en Psychanalyse et neurosciences - « Faute de quoi les libraires vous placeront au rayon kinésithérapie », me fut-il dit).

3) Le temps de la transmission

Débutée il y a plus de trente ans, sur un mode mineur, nous formulerons ici le vœu qu’elle puisse se poursuivre et se développer sur les dix années à venir.

Il y serait question de la « substantifique moelle » d’un travail trop bien achalandé. Il y serait question d’un petit groupe d’amis (il ne nous faut pas beaucoup de monde) que le Boz aurait réellement interpellé. Il y serait question d’une vision de notre avenir, extrapolée, esquissée, et développée à partir des avancées précédentes. Mais, il y serait surtout question d’une Transcendance, vouée à l’étrange songe d’un Acte fondateur – car, en définitive, soyez-en rassurés, si le Boz devait perdurer, croître et s’enrichir, nous n’y serions pas pour grand-chose.

A peine, aurons-nous été un léger souffle, un geste suspendu, une vague tentative avant… que ne débute la fin.

Lettre 1

Mercredi 13 septembre 2006

Shaman

A l’heure où les grandes utopies de jadis sont en passe de s’effondrer, et où fleurissent les sectes et les bonimenteurs, nous nous proposons d’entamer une recherche dont le but avéré sera de produire ce « supplément d’âme » dont tant ont besoin. A cette fin, plusieurs disciplines auront été investies, tributaires de notre propre parcours (ce qui laisse supposer d’autres parcours, différents du nôtre, à même de féconder le travail en cours). Pour l’essentiel, il s’agira :

1° D’une théologie, basée moins sur Dieu que sur son fantasme.

2° De la philosophie, où récusant la République de Platon, qui bannissait artistes et poètes, nous tenterons la mise en place d’un « village du Boz » centré sur les arts plastiques. L’idée sera celle d’un « nouveau lien social » conçu à l’instar d’une œuvre d’art (exemple, création d’une communauté internet).

3° De la psychanalyse, entendue comme une investigation de l’appareil psychique, ceci sans préjuger de l’apport inestimable des neurosciences.

4° Des arts plastiques et de la poésie, conçus tels un rempart de liberté, contre toute velléité dogmatique.

5° Des savoirs pratiques (mode, BD, jeux video, etc.) dont les avancées concerneront tout un chacun, au fil du quotidien. Ils seront comme la pointe avancée d’un univers qu’on voudrait libertaire, non élitiste, et voué au plus grand nombre.

Un vaste programme, donc. Si vaste qu’il nécessitera la mise en œuvre de plusieurs stratégies complémentaires. Ainsi de celle-ci : un dévoilement progressif, aussi lent que possible de l’acquis. Un dévoilement qui progressera sur des « pattes de velours », de résonance en résonance, fragment par fragment, pensée après pensée, de sorte à créer l’image unitaire du Grand Oeuvre. A savoir : un univers en quête du divin.

Portrait de Julien Friedler

Mercredi 13 septembre 2006

Julien Friedler est né en 1950 à Bruxelles. Il est psychanalyste de formation et écrivain. Ancien analysant de Jacques Lacan, il dirige « La Moire » qu’il a fondée en 1994 et qui a pour vocation de promouvoir une réflexion multidisciplinaire sur l’appareil psychique.

Il est l’auteur de Psychanalyse et neurosciences : La légende du Boiteux (Puf, 1995), L’oeil d’Oedipe (Puf 2004), de récits poétiques et de fictions.

Son travail en tant qu’artiste va de la peinture à la performance et aux installations.