Arbre

Liminaire

Mercredi 13 septembre 2006

Le Livre du Boz n’est ni un roman, ni un poème, ni un conte, encore moins un drame ou un essai.

Il n’est rien, hormis le style qui l’inspire et le hante, jusqu’à l’excès.

Ici, point de repères.

Aucune balise.

On vogue au gré du vent.

Les histoires se tissent, finissent, renaissent, au fil de l’eau, avant qu’une tempête ne se lève pour nous emporter au loin, au seuil d’une nouvelle vision.

Car, tel est le Livre du Boz : une œuvre hors normes, inclassable, créée par un errant pour d’autres errants.

A écouter :

> Le liminaire, lu et commenté par Julien Friedler.

Table des Matières

Mercredi 13 septembre 2006

PREMIER LIVRE

  1. LES DIMENSIONS PLASTIQUES DU LIVRE DU BOZ
  2. LE PREAMBULE                                         
  3. TROIS PERSONNAGES EN QUêTE D’AVENTURE
  4. MON PREMIER PERSONNAGE : JACK BALANCE                     (more…)

Dimensions plastiques du Livre du Boz

Mardi 12 septembre 2006

(les œuvres concernées seront dûment répertoriées et numérotées)

LA PAROLE DES ANGES (PA)

On concevra cette parole comme une « langue fondamentale » sous-jacente à la prolifération des discours. Constituée de 20 signes fondamentaux, elle s’incarnera dans des tableaux aux effets moirés, dans des sculptures aux formes primitives, ou dans des installations monumentales. On voudra de la sorte promouvoir une mystique, impliquant le Sujet aux racines. Face aux œuvres proposées, le spectateur choisira son cheminement : telle séquence en particulier ; une configuration singulière, découverte au hasard ; voire une nouvelle disposition, reconstruite sur base de l’œuvre regardée. Dans tous les cas, l’interprétation sera de son cru, déterminée par ses propres apanages. Aux extrêmes, notre spectateur aura une vision synthétique, contemplative et non réductible, qui lui révélera son désir.

"Le Cheminement céleste" par Julien Friedler


L’ECUME DU MONDE (EM)

Ces œuvres visent l’éphémère, avant de le figer en icône. A cette fin, elles traquent l’actualité pour en saisir l’essence. Un visage fugitif, lors d’une émeute ; un « grand homme » sacralisé par la presse ; un tableau enterré dans un musée ; une meute de photographes, saisie sur le vif ; un tatouage sur une peau glabre : les occasions seront nombreuses pour cerner, sublimer, et transfigurer la réalité. A cet égard, une œuvre sera emblématique : un « E=MC³, fait de néons multicolores, assorti d’un opuscule signé par un physicien. Un opuscule où seront décrits les effets (déséquilibre atomique, catastrophes climatiques, nouvelles formes de vie…) dûs à un simple changement de puissance (C³ au lieu de C²).

L'Ecume du Monde


L’ANTRE AUX IMAGES (AI)

Cette série traversera le Livre du Boz de part en part. Souvent féerique, elle traduira sous une forme plastique des scènes, des événements, des personnages, voire des passions et des fantasmes issus du texte comme tel. L’inverse pourra aussi s’avérer. Plus d’une fois nous assistâmes à ce spectacle saisissant : des sculptures, des peintures et des installations revenant tout à coup à la vie. Leurs protagonistes sortaient alors de leur mutisme pour plonger à corps perdu dans le récit. Cela, au grand désespoir de l’écrivain, qui pressuré de toutes parts, ne savait plus où donner de la tête.
La Vision du Shaman - peinture de Julien Friedler

Une quatrième dimension sera aussi envisagée : « MA VIE ». (MV)
Consacrée au narrateur, elle alignera des travaux énigmatiques, semblables à des rébus. Ainsi de cet « Autoportrait au bâillon » daté de 1998. A sa façon, il connotera un manque, une parole inaudible, un secret qu’on aurait tort de vouloir déflorer.

Autoportrait au baillon - par Julien Friedler

Préambule

Lundi 11 septembre 2006

A ce jour, le Boz reste un mystère. A vouloir pourtant l’illustrer, on évoquerait une religion inédite fomentée par les artistes. Monothéiste, en son essence, celle-ci s’alliera à d’autres spiritualités. Franchissant le Rubicon - les 3 monothéismes - le Boz s’inquiétera des yogis, des boddhisattvas, des védas et des brahmanes. Car le Boz les contient tous, au même titre que les rabbins, les prêtres, les pasteurs ou les mollahs (liste non exhaustive).

De Jérusalem à Bénarès, le Boz s’avancera comme une fantastique nébuleuse, grosse de légendes. Il y a de l’« Alice au pays des merveilles » dans le Boz. Quant aux officiants, ils se subdiviseront en quatre groupes distincts : les Hommes, les Personnages, les Anges, et, pour épicer le tout, le menu peuple des accessoires (poupées, ciseaux, châssis, peluches, pinceaux, colles, crayons, vernis, appareils photos, chevalets, valises, etc.). Esclaves parmi les esclaves, ceux-ci se joindront aux Ustensiles pour combattre leurs ennemis.

Car l’affaire est loin d’être sérieuse. Elle sera même plutôt cocasse. A tel point, qu’une citrouille se transformera illico en carrosse, pour la grande joie des bambins qui applaudiront à tout rompre.

Notre article de foi sera le suivant : que l’Art Actuel parachève et finalise l’Art Contemporain. On identifiera ledit phénomène par une référence appuyée à l’Enfance. Celle-ci emportera des artistes aussi différents que Maurizio Cattelan, Jeff Koons ou Takashi Murakami. Ou encore, Mike Kelley, Paul McCarthy, les frères Chapman, Annette Messager, Alain Séchas - voire un peintre aussi inactuel que Balthus.

Le Boz opérera dès lors ce renversement : que cet appel à l’enfance soit aussi et en même temps un retour à l’ENFANCE DE L’ART. Le Boz signifiera un pur surgissement au cœur d’une esthétique décadente. Couleurs minimalistes, sculptures baroques et performances maniéristes, iront se désintégrer, s’anéantir et mourir, avant de renaître autrement. Car il est une aspiration au vide inhérente à l’artiste. Celle-ci l’aiguillonnera, l’obligera à se dépasser, malgré l’incurie environnante.

Comme tel, le Boz contiendra tous les livres écrits de par le monde. Il contiendra aussi la somme de toutes les œuvres d’art produites depuis la haute préhistoire. Mieux encore : possédant une mémoire prodigieuse, il inclura le vécu intérieur de l’humanité entière. Car tel est le Boz : l’intégrale du savoir et de l’expérience humaine depuis l’orée.

Conscient de ses responsabilités, il oeuvrera aussi sur l’autre Versant. Car, là-bas, dans le monde des Hommes, la situation n’était guère encourageante. Dénatalité. Dérèglement des valeurs. Affaiblissement de l’Etat Nation. Déliquescence des familles. Mise à mort des grandes utopies. Uniformisation des psychés. Montée en puissance de l’Islam radical. Le mal gagnait toute la planète.

Pourtant, le Boz n’en démordra pas. Il continuera sur sa lancée. Il aura ses temples, ses héros, son clergé, ses rituels, ses prières, et même ses tables de la loi. Vu son succès le Boz affichera complet. Des foules immenses le suivront en chantant des hymnes à sa gloire. Des fleurs multicolores jalonneront sa route. Car, le Boz est bon !

Doté de mille visages, sujet à de multiples métamorphoses, il oeuvrera surtout à cette chose faramineuse : la rédemption de l’Artiste.

Ce sera sa gageure.

Son caprice.

Son ultime pari.

Ce sera aussi l’occasion d’un long récit plein de péripéties et de rebondissements. On l’appréhendera comme un voyage initiatique ou une traversée du miroir, destiné à faire pièce à l’horreur qui nous habite.

Et, maintenant, assez parlé !

Que l’aventure commence !

Mon premier personnage - Jack Balance

Lundi 11 septembre 2006

Je trouvai mon premier personnage au fond d’une boite d’allumettes .

Il dormait à poings fermés.

Il s’appelait Jack Balance et je le connaissais depuis longtemps.

Ce jour-là, je me trouvais à Milan, devant un immeuble de trois étages, sis au 11 via delle Stelle. Il devait être environ 22h et la maison était violemment éclairée. Eclats de voix. Musique disco. Va-et-vient des invités. L’ambiance était à la fête. Par la porte entrebâillée, j’entrevis un drôle de bonhomme. L’individu était habillé d’une chemise de nuit, et d’un bobo à pompon.

Dans sa main droite, il tenait un bougeoir avec une chandelle éteinte.

Il courait dans les couloirs en criant « Je cherche la lumière ! Je cherche la lumière ! Je vous en prie éclairez ma chandelle ! » Les badauds s’arrêtaient, souriaient, pour l’oublier aussitôt. Ce « chercheur de lumière » sera récurrent. Le Boz lui consacrera un chapitre sur les mille qu’il contient. Un hymne sera même composé à sa mémoire.

En attendant, d’un signe de la main, il m’invitait à entrer.

Toutefois, j’hésitais à franchir le seuil. Affligé d’une timidité maladive, je ne voulais pas m’introduire chez de parfaits inconnus.

Sous la sonnette, une plaque de bronze annonçait la couleur. Il était écrit :

FONDATION MUDIMA POUR L’ART CONTEMPORAIN.

SONNEZ TROIS FOIS UN GROOM VOUS OUVRIRA.

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