“Le Boz selon…” par Plasto Polymère
Vendredi 1 septembre 2006Plasto Polymere, cinéaste
Le Boz est riche, si riche que chacun y entre par son propre chemin, y trouve une voie singulière, suivant les pas du hasard ou ceux de l’intuition.
Le Boz est une forêt, un arbre y cache les autres, tous les autres, à tour de rôle, puis on y voit plus clair et la multiplicité se révèle.
Une forêt c’est un peuple : un homme qui naît ici, un homme qui meurt là, et c’est un arbre qu’on plante et qui pousse, l’histoire a vu ça.
Le créateur du Boz cherche son peuple. Il plante et cultive, fait croître le fruit de son travail. C’est un adulte qui rêve de construire un réel mêlé d’enfance. Les âges s’y superposent, comme dans l’âme. Des racines brutes enfoncées dans le sol, pompant l’énergie tellurique d’une terre des mythes. Un tronc d’homme ayant vécu, pris des coups et subit des entailles, celles aussi des initiales d’amoureux gravées au couteau malhabile.
Des branches peuplant l’air, cherchant ailleurs, faisant l’expérience du monde, peinture, sculpture, écriture, que sais-je encore…
Cet homme rit. Il trouve le nom de son projet sur une boîte de raviolis improbables. Il n’hésite pas à convertir le sérieux de son ouvrage en versions dites plus light, et pourtant rien n’y fait : son ouvrage est sérieux. Tout y est convoqué, science de l’âme, histoire et livres sacrés, actualités et prospections futures.
Le Boz est protéiforme, il s’étend, il fait rhizome. Il n’est pas linéaire, au grand dam de ceux qui y cherchent une raison plus grande que la raison elle-même. On y entre et on en sort par n’importe quelle porte, à n’importe quel moment. Et pourtant… tout y est lié. Tout est codé.
Certes le Boz c’est aussi un retour vers l’histoire perdue en cours de route. Une paraphrase de ce vieux grimoire égaré, transmis par la mère à son fils reconnaissant, une fondation en témoigne. Un retour joyeux après tant de souffrances faites à ce peuple de l’ancien testament. Mais c’est aussi tout autre chose, cela se passe ailleurs : il y a de la liberté sans compter, du délirium même, un peu de folie, du punk, de l’ado qui reste en nous. Le retour donc est joyeux, comme pour dire que l’art a toujours raison du poids de l’histoire.
Car le Boz est l’oeuvre d’un artiste, libre de s’exprimer, à partir de qui il est, dans la volonté d’être plus vivant, et d’apporter au monde une contribution : un petit supplément d’âme (c’est un mot de l’auteur). C’est ça le Boz, un supplément qui n’est pas au menu. Une boîte de raviolis peut-être, une boîte de Pandore surtout.
Mais aussi, le Boz, c’est un projet concret : car rien n’existe sans preuve légale. Un livre, des oeuvres, et une société à but lucratif : une machine à produire, à rendre réel, à gagner de l’argent c’est-à-dire des moyens, à redistribuer les richesses pour que d’autres oeuvres existent et croissent au sein de cet univers peuplé d’étranges personnages pourtant si familiers.
C’est cela les niveaux du Boz : son créateur est maître en matière d’échelles à faire passer d’une sphère à l’autre : le réel (des expositions, des oeuvres, une bande dessinée, etc.), la représentation (un site web, de la publicité, etc.), la fiction (un livre, des histoires non linéaires, etc.).
Ceux qui s’y reconnaissent peuvent y contribuer. Ils formeront entre eux une communauté, niveau social du Boz. Des ailes leur pousseront.